La principale cause de cécité évitable dans le monde

Une maladie évitable

Il est possible de traiter et prévenir le trachome grâce à une approche à multiples facettes appelée la stratégie CHANCE

Cette stratégie, préconisée par l’Organisation mondiale de la Santé, est une approche de santé publique compréhensive alliant traitement (CHirurgie et Antibiotiques) et prévention (Nettoyage du visage et Changement de l’Environnement).

Un traitement antibiotique offrira une solution de courte durée, en particulier lorsque l’ensemble de la communauté est traitée, mais une réinfection survient en général dans les six mois. C’est la raison pour laquelle la stratégie CHANCE dans son intégralité doit être mise en place dans les communautés endémiques au trachome.

Même si le trachome est éliminé, il est nécessaire d’opérer les personnes déjà atteintes du trichiasis, souffrant d’une cicatrisation de la conjonctive et présentant des cils retournés vers l’intérieur de la paupière.

 

Diagnostiquer le trachome

Le diagnostic du trachome s’effectue cliniquement. Bien que le patient puisse se plaindre de décharges oculaires, de douleurs ou de picotements de l’œil, souvent l’infection est subclinique. Après des infections répétées, lorsqu’une cicatrisation s’est produite au niveau de la paupière, le patient peut se plaindre d’une sensation de sable ou d’insectes dans les yeux.

Cliniquement, le diagnostic du trachome peut s’effectuer à l’aide d’une loupe et d’une lampe-torche, de façon à observer les follicules et les cicatrices.

L’OMS a mis au point une codification simplifiée du trachome, à l’aide de cinq catégories :

  1. Inflammation trachomateuse – Folliculaire (TF) ;
  2. Inflammation trachomateuse – Intense (TI) ;
  3. Cicatrisation trachomateuse (TS) ;
  4. Trichiasis trachomateux (TT) ;
  5. et Opacité cornéenne (CO)
 

 

Données de base de l’anatomie de l’œil

Il convient de connaître quelques données essentielles relatives à l’anatomie de l’œil afin de comprendre le trachome. Nous décrivons dans cette section uniquement les parties les plus importantes de l’œil, notamment celles affectées par le trachome.

La cornée :Il s’agit de la partie transparente antérieure de l’œil, à travers laquelle nous pouvons voir l’iris (la partie colorée de l’œil). Normalement, la cornée est dépourvue de vaisseaux sanguins, car la transparence cornéenne est absolument nécessaire pour une bonne vue. La cornée est riche en nerfs sensoriels, qui rendent le frottement d’un seul cil extrêmement douloureux. L’orifice noir au milieu de l’iris est la pupille, une ouverture permettant de régler la lumière entrant dans l’œil.

La sclérotique :La cornée se poursuit dans la sclérotique ou le blanc de l’œil. Il s’agit d’une tunique externe résistante qui permet de protéger l’œil et de conserver sa forme.

Les paupières :La paupière contient le muscle orbiculaire qui permet de fermer l’œil, les glandes de Méibomius qui ajoutent un corps gras au film lacrymal (pour réduire l’évaporation et bloquer un trop grand versement de larmes sur les joues) et une plaque résistante et fibreuse, appelée la plaque tarsale (de plus grande taille que la paupière supérieure). La plaque tarsale offre une stabilité à la paupière.

La conjonctive :La conjonctive, normalement une couche lisse, mince et transparente, recouvre la partie antérieure de la sclérotique et se recourbe vers l’avant pour couvrir l’intérieur des paupières. Des vaisseaux sanguins conjonctivaux importants et profonds traversent verticalement la conjonctive tarsale supérieure. Dans le cas d’une inflammation trachomateuse intense (TI), plus de la moitié de ces vaisseaux sanguins sont rendus invisibles.

 

Chlamydia trachomatis

Le trachome est causé par Chlamydia trachomatis, un parasite intracellulaire obligatoire. Bien qu’il ait de nombreuses caractéristiques semblables à un virus, il s’agit techniquement d’une bactérie, et est étroitement lié au bacille de Gram négatif. 

Le cycle de croissance de C. trachomatis est unique, et se caractérise par des corps élémentaires, qui sont contagieux, relativement résistants à l’environnement cellulaire supplémentaire, métaboliquement inactifs et capables de pénétrer une cellule. À l’intérieur de la cellule, ces corps élémentaires se développent en corps initiaux de plus grand taille, métaboliquement actifs et non-contagieux. Par le biais d’une reproduction par partition binaire, de nouveaux corps élémentaires sont formés, et représentent un corps d’inclusion dans le cytoplasme de la cellule. Après 48 à 72 heures, les cellules infectées se fragmentent et les corps élémentaires contagieux sont prêts à infecter de nouvelles cellules.

Le trachome est une conjonctivite folliculaire chronique bilatérale (affectant les deux yeux). Les conjonctives supérieure et inférieure présentent une hypertrophie folliculaire : la réaction folliculaire est plus visible dans la conjonctive supérieure, où la conjonctive est étroitement liée au tarse sous-jacent. Le limbe cornéen (bord) développe également de façon caractéristique des lésions cicatricielles et des puits de Herbert (dépressions au niveau de la cicatrisation où se trouvaient auparavant des follicules). Les infections peuvent soit se limiter d’elles-mêmes, soit progresser (allant d’un état purulent à un état impliquant un tissu plus profond).

Des infections répétées (il existe uniquement une immunisation partielle contre C. trachomatis) de la conjonctive de la paupière supérieure entraînent une cicatrisation de ce tissu, ce qui provoque un retournement vers l’intérieur de la paupière (entropion). On ne sait pas pourquoi certaines personnes présentent plus de lésions cicatricielles que d’autres, même dans des conditions apparemment similaires. La recherche suggère un rôle important du système immunitaire humain. La survie intracellulaire de C. trachomatis est influencée par la réponse immunitaire cellulaire. Une détérioration au niveau de l’épithélium peut être due à une hypersensibilité à la présence continue de l’antigène chlamydia. Un autre facteur peut être des différences au niveau anatomique en ce qui concerne la résistance de muscle orbiculaire et l’épaississement de la plaque tarsale. Une fois que les cils commencent à frotter contre le globe oculaire (trichiasis), l’œil devient vulnérable aux ulcères cornéens infectieux, aux lésions cicatricielles cornéennes et à la cécité.